La confiance exclut-elle le contrôle?

J’entends souvent l’expression « La confiance n’exclut pas le contrôle » énoncée par des parents, des managers et des dirigeants, comme une forme de justification maladroite à la mise en place d’une démarche de surveillance ou de vérification.

Cette expression, attribuée à Lénine, est souvent source de confusion et de frustrations.

Elle prétend réconcilier deux logiques incompatibles. La confiance est justement ce qui rend le contrôle superflu. Et inversement, le contrôle est naturellement justifié par l’absence de confiance.

La vraie confiance repose sur une prise de risque significative : celle d’accepter la possibilité d’être déçu, trahi, blessé ou d’échouer. Faire confiance c’est précisément renoncer au contrôle et accepter la vulnérabilité, quels que soient les enjeux. Sans ce risque on ne parle pas de confiance mais de calcul rationnel.

Dans la pratique, le contrôle, la surveillance et la vérification sont souvent considérés nécessaires, voire indispensables. Cela rassure les parents face aux risques de l’internet et des réseaux sociaux. C’est une exigence fondamentale pour de nombreuses professions afin de garantir la sécurité..

Ces besoins reposent sur le constat (parfois subjectif) que, dans certaines circonstances et par rapport aux enjeux, le système et les individus ne présentent pas les garanties suffisantes pour accepter de prendre le risque de la confiance. Ce n’est pas une critique, c’est un fait.

Alors pourquoi ne pas assumer ce manque de confiance ? Pourquoi le masquer derrière cette maxime qui finit par agacer ceux qui l’entendent ?

Plusieurs hypothèses :
➡️ On craint de heurter ou de désengager en avouant qu’on ne peut pas accorder la confiance.
➡️ On ne veut pas entrer dans l’éternel débat sur la subjectivité de la confiance ou sur les moyens qui permettraient de la garantir.
➡️ On a peur d’avouer que ce besoin de contrôle n’est pas tout à fait indispensable, mais qu’il nous rassure quand même beaucoup.

Alors comment peut-on justifier du besoin de contrôle, sans totalement détruire la relation de confiance ?

💡 En cultivant la vulnérabilité. Lorsque les leaders (ou parents) partagent leur propres doutes, angles morts, biais cognitifs et erreurs, les équipes (ou enfants) acceptent mieux leur propre vulnérabilité et la surveillance nécessaire.
💡 En proposant une formulation honnête. Par exemple : « Les enjeux sont trop importants pour reposer uniquement sur la compétence et la bonne volonté. »
💡 En cadrant le contrôle de manière transparente et proportionnée : adapté au risque réel, précisant clairement qui vérifie quoi et pourquoi.
💡 En établissant clairement les conditions de la confiance, qui permettrait de supprimer ou alléger le contrôle.

👉 En conclusion, la vraie confiance exclut le contrôle. Mais le contrôle ne détruit pas nécessairement toute confiance. Encore faut-il qu’il soit légitime, honnête, cadré et réversible.